Chaque fois que vous allez grimper, de nouveaux problèmes ornent les murs de votre salle d’escalade. Ces œuvres sont le travail des ouvreurs ou «routesetters» qui doivent penser à des façons de vous faire travailler sans que ce soit dangereux… Petite discussion avec Fred Charron, qui crée des problèmes depuis 20 ans.  

Début des années 2000, dans beaucoup de gymnases commerciaux, des grimpeurs fixaient des prises sur les murs en échange d’une passe mensuelle. C’est dire que presque n’importe pouvait prendre une visseuse et mettre des prises sur un mur pour faire un «problème». Le résultat? Des blocs parfois étranges ou même dangereux, des prises quelques fois douloureuses et pas toujours bien fixées, bref, pas forcément une expérience invitante pour tout le monde. 

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. Il existe des formations pour les ouvreurs, la pratique s’est professionnalisée, il y a du travail d’équipe pour s’assurer que les mouvements sont intéressants et diversifiés.

Fred a passé les deux dernières décennies à visser, dévisser, tester, ajuster et surtout, à observer comment la pratique a évolué.

« Au début, on faisait surtout avec ce qu’on avait », raconte Fred. Moins de volumes. Moins de variété dans les prises. Les murs eux-mêmes étaient plus simples. Le routesetting était alors très lié à la performance brute, les ouvreurs apprenaient sur le tas, sans formations structurées. Les problèmes étaient surtout des prises franches, des mouvements directs, certainement pas de mouvements de coordination! 

Une chose qui a vraiment changé, note Fred Charron : les standards en termes de qualité et d’attentes face aux problèmes, tant dans les compétitions que dans les gymnases commerciaux.

«On essaie encore de standardiser les choses pour enlever de la subjectivité au processus», explique l’ouvreur d’expérience. 

Il existe maintenant des formations, des standards de sécurité plus stricts, des équipes dédiées à temps plein. Les gyms investissent dans la qualité de l’ouverture parce qu’ils savent que c’est le cœur de l’expérience.

Ouvrir des problèmes à plusieurs, avec des équipes plus complètes, permet de déterminer plus facilement quelle direction prendre avec les problèmes à créer.

Et les blocs sont faits en fonction des grimpeurs, en quelque sorte. Les problèmes de chaque cote doivent être assez exigeants, sans pour autant être dangereux. «On pense à la clientèle cible pour chaque difficulté de problème, qu’est-ce qu’elle est capable de faire, qu’est-ce qu’elle devrait apprendre à faire», indique Fred.

Il utilise notamment l’échelle RIC (Risk, Intensity Complexity, donc Risque, intensité et complexité, inventée par Tonde Katiyo et Jacky Godoffe) pour penser les problèmes à créer. Les blocs (ou les voies) ne sont plus de la simple tenue de prises, mais les mouvements sont-ils complexes à exécuter, y’a-t-il des passages qui font peur, par exemple.

Les ouvreurs puisent leurs idées un peu partout – sur les réseaux sociaux ou en regardant les compétitions, par exemple. Fred, lui, aime aussi faire évoluer les problèmes sur le mur. «Moi, j’aime proposer une expérience, j’ai une idée de mouvement en tête» avant de créer quelque chose, indique-t-il, un processus qui permet quelque chose de plus organique et de moins forcer certains mouvements. 

Un bon set doit proposer de la variété : force, technique, coordination, lecture. Il doit aussi permettre à différents types de corps de trouver des solutions.

Vous n’aimez pas les dalles? Fred non plus, «mais comme ouvreur, je dois apprendre à aimer les ‘slabs’», dit-il, «parce que ça fait partie de l’escalade.»

La compétition

Les problèmes que doivent affronter les compétiteurs sont à la fois différents et similaires à ce que vous trouvez dans votre salle chaque semaine. La différence, selon Fred, c’est que le compétiteur devra grimper des blocs généralement plus intenses ou plus complexes.

Des blocs bien élaborés vont permettre de départager les participants d’une compétition. Les ouvreurs et ouvreuses ont donc déjà une bonne idée de ce que peuvent faire les grimpeurs avant une compétition. 

Si on regarde vers l’avenir, le routesetting continuera probablement à évoluer avec la pratique. Plus de diversité dans les styles. Davantage d’intégration entre l’entraînement et l’ouverture. Une attention accrue à la prévention des blessures. 

Mais restera toujours ce désir de créer une petite émotion quand on termine un problème. Ce petit cri en haut d’un bloc, le sourire en redescendant.