En publiant la vidéo de votre dernier «send» chez Bloc Shop, vous êtes vous déjà demandé comment les réseaux sociaux influencent l’escalade? Qu’est-ce qui a changé depuis que ça existe et qu’est-ce qui pourrait changer dans le futur? C’est le genre de questions qu’on se pose régulièrement…
10 ans «avant IG»
Avant Facebook, Youtube et Instagram, l’escalade existait. Oui, oui. Mais c’était plus marginal, comme sport. Les gyms étaient moins nombreux au Québec et au Canada, les prises n’étaient pas tout le temps ergonomiques, les problèmes étaient identifiés avec du «tape» de couleur, avec des «resets» qui étaient parfois facultatifs. Pour connaître les dernières nouvelles, il fallait lire les magazines, Gripped ou Grimpe au Québec à l’époque. Et pour découvrir de nouvelles parois, il fallait connaître les bonnes personnes. Combien de gens ont tourné en rond dans des forêts de la province, à la recherche d’un bout de roche à grimper, à partir d’informations obtenues par une connaissance? Pour 100 $, vous pouviez avoir une paire de chaussures d’escalade décente. Et quand vous disiez aux non-grimpeurs ce que vous faisiez de vos temps libres, on vous demandait si vous vouliez aller grimper l’Everest. Non, je n’aime pas trop le froid, merci.
L’an 0
Évidemment, tout ne s’est pas fait en un jour. Mais les réseaux sociaux sont venus bouleverser pas mal de choses en escalade. Diffusion rapide de nouvelles voies mais aussi des vidéos inspirantes, comme celles de DrTopo à l’époque. Des groupes Facebook sont créés pour partager de l’information, trouver des partenaires pour grimper et avoir une communauté plus interconnectée. Ça permet aussi de régler – ou pas – de grands débats existentiels en escalade. Faut-il équiper les fissures? Qu’est-ce qui est supérieur, le trad, l’escalade sportive ou le bloc?
Arrivent aussi un plus grand nombre d’athlètes commandités – ce qui permet de mieux se faire connaître auprès de compagnies avec des publications «likés» des dizaines de fois.
Les gyms aussi prennent le virage numérique et on voit les premières publications pour promouvoir l’ouverture de nouvelles salles, des événements – des photos au début, les vidéos ensuite.
Parallèlement, cette visibilité accrue a suscité un afflux plus marqué vers les sites populaires, entraînant parfois des problématiques de surfréquentation, d’érosion ou de tensions avec les propriétaires de terrains privés.
20 ans après l’arrivée des réseaux sociaux
L’escalade vit aujourd’hui beaucoup sur les réseaux sociaux. Les derniers «sends»? IG! Les derniers vidéos cool? Youtube! Les amis qui font des trucs drôles sur les murs? TikTok!
Et cette interrelation entre le sport et les supports électroniques amène une foule de questions : est-ce que les publications sur les réseaux sociaux ont une influence sur les couleurs vives des prises? Est-ce que des gyms vont davantage faire des problèmes qui font de belles publications sur Insta? Peut-être!
L’information n’a jamais été facile à obtenir : trouver du bêta pour son projet à l’extérieur (ou à l’intérieur, parfois!). Découvrir de nouvelles séquences auxquelles on n’avait pas pensé, de nouveaux sites qu’on a jamais visité. Combien de vidéos de blocs dans les Rocklands est-ce que l’algorithme vous a poussé récemment? C’est presque de la motivation par intraveineuse.
Vous cherchez un.e partenaire pour aller faire du bloc en Himalaya? Suffit d’aller dans les bons groupes sur Facebook, vous trouverez.
Les attentes sont plus maintenant plus grandes face aux athlètes et il n’a jamais été plus facile d’avoir des discussions avec ces professionnels.
Le désavantage? Publier une vidéo d’un endroit où l’accès est peu précaire peut mener à des fermetures de sites. Un bon exemple : des secteurs dans les Laurentides où le stationnement est maintenant interdit. Si bien que des grimpeurs vont maintenant à certains endroits sans publier quoi que ce soit, ni même mentionner le secteur à des oreilles indiscrètes.
L’inondation d’informations peut aussi créer toute sortes de sentiments chez les utilisateurs des réseaux sociaux : de l’envie de ne pas aller dans toutes ces destinations, de la critique envers soi-même de ne pas grimper aussi fort que la personne X ou Y, du désintérêt pour le sport.
Et puis, il faut le dire : penser à ce qu’on va publier sur les réseaux sociaux fait en sorte qu’on vit un peu moins dans le moment présent.
Difficile d’imaginer que le mariage entre les réseaux sociaux et l’escalade va se terminer sous peu. Mais si vous sentez que de regarder Instagram, Youtube ou Tiktok nuit à votre appréciation de l’escalade, c’est peut-être le moment de prendre une pause des réseaux!

