Squamish 101

Par Mathieu Elie, 10 mai 2017

La saison de grimpe extérieure est bel et bien recommencée, cela signifie aussi que les vacances arrivent à grands pas pour plusieurs d’entre nous. Ceux qui désirent grimper durant ce moment s’évadent souvent vers la Colombie-Britannique, où la température et les conditions de grimpe sont plus optimales qu’au Québec. Entre juin et août, la plupart des Québécois se retrouvent dans la capitale des loisirs et plein air, à Squamish. Environ à 1 heure de Whistler, Squamish propose tous les types d’escalade: traditionnel, sport, bloc. Si vous vous attendez à être dépaysé, il faudra probablement choisir une autre destination vacances, puisque la majorité de vos interactions sociales dans la forêt risquent de se dérouler en français, avec d’autre québécois. Pour le meilleur, et pour le pire.

Ainsi, pour les nouveaux grimpeurs qui désirent s’aventurer à Squamish pour quelques semaines cet été, il est toujours bien d’avoir de l’information sur les trucs à faire, à ne pas faire, à visiter ou à éviter. Ayant grimpé à Squamish à quelques reprises, et avec l’aide d’autres habitués de l’endroit, je désire vous proposer quelques suggestions qui, espérons-le, rendront votre voyage plus intéressant.

Le premier conseil qui vous sera très utile, je pense, vise votre entraînement avant le voyage. Deux parties de votre corps en prendront certainement un coup, vos pectoraux et vos ischio-jambiers. Le type d’escalade de bloc à Squamish repose surtout sur la compression et l’utilisation de crochets de talon. Pour vous donner une idée, à mon premier voyage a Squamish, j’avais de la difficulté à marcher après deux semaines de grimpe. Considérant les marches d’approche assez intenses et accidentées, vous voudrez certainement garder votre capacité de vous déplacer la plus intacte possible. Aussi, si vous blessez vos ischio-jambiers, au moins la moitié des blocs vous seront inaccessibles. Vous ne mez croyez pas? À Squamish, même les slabs requièrent des crochets de talon. En ce qui concerne vos pectoraux, bien qu’il soit plus difficile de les blesser, vous les sentirez rapidement fatigués, tout comme vos biceps. Alors, quelques semaines/mois avant de partir, votre entraînement devrait privilégier ces parties du corps, quoique la force de doigt n’est pas a négliger non plus.

Autrement, concernant les questions escalades et éthiques, voici mes conseils, à prendre ou à… prendre. Premièrement, procurez-vous le livre-guide. Ce livre en est déjà à sa troisième édition et comprend plus de 3000 blocs, ainsi que de nombreux secteurs (connus et moins connus). Publié en juin 2014, ce livre-guide est très complet, et les nouveaux problèmes ouverts depuis ce temps sont disponibles gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur.

Bien que les conditions soient beaucoup mieux à Squamish qu’au Québec, principalement en raison de la vaste forêt recouvrant la majorité des blocs, il arrive que les températures soient moins clémentes que prévu. En raison du type de prises, soit des slopers avec gros cristaux, celles-ci deviennent rapidement glissantes et graisseuses. Naturellement, vous aurez besoin de brosses de sanglier, mais votre arme secrète devrait être la liquid chalk. Elle vous permettra de sécher vos mains de façon plus efficace et de contrer la sueur, a.k.a. votre pire ennemi à Squamish.

D’ailleurs, la friction est primordiale afin de sender vos projets à Squamish. Certains problèmes requièrent une friction optimale, rendant le travail à plusieurs plus difficile. Évidemment, lorsque vous grimpez entre amis, il est facile de favoriser le plaisir de grimper à plusieurs aux dépens d’une friction optimale. Par contre, là où ça devient plus touché, c’est lorsque vous voudrez essayer un problème friction dependent et qu’un (ou plusieurs) autre grimpeur y sera déjà. Avant d’imposer votre présence (et celle de votre groupe) à d’autres, assurez-vous de demander à ceux qui y étaient déjà si cela leur convient. Selon mon expérience, plus on monte dans le spectre de difficulté, plus la question devient épineuse. Il m’est déjà arrivé de changer mes plans (ou de retarder ma séance) afin de laisser la chance à un grimpeur de réaliser son projet sans l’ennuyer. Peut-être trouvez-vous cela un peu intense, mais lorsqu’un inconnu vous imposera sa présence et posera ses mains graisseuses sur votre projet à répétition sans retenue, vous comprendrez ce que je veux dire. D’ailleurs, pour l’amour du Bon Dieu, ne touchez jamais aux prises du projet d’un autre grimpeur. Et ne grimpez pas sur des prises fraîchement brossées par un autre, sauf si vous avez obtenu la permission.

Une fois dans la forêt, il est souvent difficile de choisir l’endroit ou l’on veut grimper. Squamish, c’est vaste, beau et mystérieux. À force d’avancer dans la forêt, on veut en découvrir plus. Évidemment, vous pouvez rester dans les secteurs plus prisés et populaires, mais vous manquerez une partie de l’expérience et de l’aventure. Ainsi, outre les Grand Wall boulders, assurez-vous d’aller voir les blocs au North Walls. Aussi, si le temps vous le permet, une petite visite à Paradise Valley en vaut grandement la peine. Durant vos journées de repos, prenez le temps d’aller explorer les différents secteurs, c’est l’une des parties les plus le fun (en tout cas, pour moi!). Aussi, bien qu’il soit difficile à manquer, n’oubliez pas de rendre visite au Cacodemon boulder, abritant la célèbre Dreamcatcher. Vous trouverez aussi à son pied The Singularity, un bloc ouvert par Tim Clifford sans répétition depuis 2007. Deux lignes pures et difficiles qui rendent bien compte de la magie offerte par la forêt de Squamish.

Ils existent aussi certaines règles à suivre, certaines qui suivent le gros bon sens, d’autres un peu plus subtiles. Le plus possible, essayez de rester dans les sentiers. Si ces sentiers sont plus difficiles à repérer parmi la dense végétation dans les secteurs moins visités, ils sont habituellement très évidents dans la majorité des secteurs; essayez de respecter la nature! Aussi, le campground vous offre des Bear Boxes pour votre nourriture, utilisez-les! Vous éviterez des visites surprises. Il peut aussi arriver que les ourses soient tués lorsqu’ils fréquentent le campground et les humains de trop près, alors pour cette raison seulement, il en vaut la peine d’utiliser les Bear Boxes. Aussi, avec les années, certains fins stratèges (not) ont développé des façons de ne pas payer le camping. Ou payer au 3 jours. Au prix que ça coûte, payez votre droit de camping. De toute façon, les rangers sont rendus plus difficiles à duper. Alors, si vous voulez éviter de revenir d’une session de grimpe et trouver vos trucs (et tente) éparpillés un peu partout dans la forêt, payez votre camping!

Finalement, outre l’escalade, certains endroits sont des must à visiter. Commençons par le Howe Sound Brew Pub. Que ce soit pour une bonne bière, ou une bonne bouffe d’après-grimpe, c’est probablement le meilleur endroit à Squamish. Sinon, pour de bons sushis, le Kozo Cafe est très bien. Et dans le pas cher, une petite visite au Bisla Sweets pour des samossas à prix ridicules. Bon, on n’est pas dans la five star cuisine, mais ça fait la job!

Pour terminer, je vous propose une liste de mes coups de coeur pour tous les niveaux de difficulté.

Summer Vacation, V0

Dans un secteur très fréquenté, c’est le réchaud parfait si vous n’avez pas peur des hauteurs. À ne pas sous-estimer, plusieurs chevilles se sont fracturées sur ce problème.

summer

Is It Pure?, V2

Le problème est probablement mon préféré à Squamish, toutes cotations confondues. Quoique très haut, il offre une escalade technique et précaire. À faire absolument si vous grimpez V5+. Sinon, c’est peut-être un peu risqué. Ca vous permettra aussi de visiter les North Wall boulders.

isitpure2

Mention spéciale :

Left Rib, V2

Au premier coup d’oeil, ca semble très facile. Dès qu’on décolle du sol, on comprend la difficulté. Tout en technique et équilibre, vous aurez tout de même à serrer les prises…si vous les trouvez.

Double Decker, V3

Un départ sur très belles prises qui mènent à un rétablissement précaire et épeurant. À faire!

decker

Skin Graft, V4

Un autre de mes coups de coeur. Un problème qui vous paraîtra impossible, jusqu’à ce que ce soit facile. Test ultime de technique. J’espère que vous avez confiance en votre jeu de pied.

skingraft

Doubt, V5

Une belle arête avec un crux tout en haut. C’est un peu reachy, malheureusement, mais superbe ligne.

doubt0

Sunshine and Lollipops, V6

Gros mouvements sur des grosses prises, dans un gros dévers. Quoi de mieux. Un petit fantôme pour le topout.

Sunshine+and+Lollipops+by+Jamie+Chong

The Fridge, V7

Superbe ligne en compression, elle vaut le détour à Paradise Valley!

fridge

Phantom Power, V8

Pour changer le mal de place, phantom power est un excellent choix. Pas de sloper glissant, pas de mouvement en compression, pas de smear précaire. Une escalade en puissance sur des bons crimps, une sortie aérienne par-dessus un landing pas très rassurant. Good one!

phantompower

Resurrection, V9

Je dois dire que ce problème ne fait pas partie de mes coups de coeur, principalement en raison des prises douloureuses et de la texture agressive. Par contre, plusieurs grimpeurs s’entendent pour dire que c’est le plus beau V9 de Squamish, et il vous donnera certainement quelques frissons.

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The Reckoning, V10

Le voisin de Resurrection, the Reckoning est une ligne typique de Squamish. Des slopers, de la compression et des crochets de talons précaires. Vous grimpez V10? C’est un bon test pour vous

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The Egg, V11

Vous trouverez de superbes V11 à Squamish, mais il n’en reste pas moins que pour moi, The Egg est iconique. Ouvert par Chris Sharma lors du Rampage de 1999, cette ligne représente l’essence de la grimpe à Squamish. En puissance, complexe, subtile, technique, elle combine tous ces éléments qui rendront votre réussite des plus remarquables.

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Summoning Sit,V12

Une petite visite à Murrin Park vous permettra d’admirer cette autre ligne en compression qui possède un look assez unique.

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Squamish c’est beau, c’est magique, ça sent bon (la plupart du temps), amusez-vous bien!